Posts tagged ‘Nouvelles’

Des nouvelles du front

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L’éditeur : Dans un bobinard propret de la rive droite, Ugo, une jeune recrue de la Wehrmacht, échappe de peu à la tuerie perpétrée par un gang de patriotes exterminateurs. Sa survie, l’adolescent la doit à une novice dans le métier, plus impressionnable que ses consoeurs. Celle-ci paiera. On la retrouvera fille à soldats, ballottée dans le ressac du front de l’Est. Comme Ugo, dépassé, à la fois transi d’amour et renégat. Le mensonge et le pardon, les certitudes aveugles, l’appétit de la vie mais aussi son mépris, on n’embrasserait pas d’un seul regard toute la palette de pulsions que déchaîne la guerre, la vraie. Au fond, l’homme ne mène-t-il pas en permanence sa guéguerre ? Larvée, civile, sainte, sociale, la guerre sourd de partout. Elle naît de rien et se nourrit de peu. L’hystérie de touristes pris au piège des Journées du patrimoine, les dérèglements d’un vieux conservateur poussé à la porte de son musée d’anatomie pathologique. Il n’y a que la dérision et l’humour pour en conjurer les horreurs. Ces cinq nouvelles en sont truffées. Mais attention, ce rire-là ne chante pas ; il grince, comme celui que le pendu cracherait à la face de son bourreau.

Des nouvelles appliquées à être noires et ricanantes pour ne pas trop souffrir de l’absurdité de nos existences. C’est la vie côté conflit, ridicule ou pathétique. Des situations parfois drôlatiques ou touchantes qui tournent mal par incompréhension, bêtise, malchance, orgueil. La plus longue nouvelle  » Le festin des Cordeliers » est digne de Freaks, sorte d’opéra ou plutôt de tragédie grotesque sur fond d’homoncules difformes et de bocaux de formol..Un art consommé de raconter, distiller la lie et la pourriture, la grande peur des autres, de soi, de la vérité, les idées toutes faites. Car tout ici est affaire de mésentente, de secrets cachés, d’apparences à sauvegarder. Les hommes sont seulement les marionnettes d’un scénario qui les dépassent….. Petits, si petits, faibles, ballottés par des évènements parfois si anodins. Certains en crèvent, d’autres en réchappent, tous s’interrogent. Sinistre loterie.

Un livre grinçant avec le masque de la dérision et de l’humour noir. Un livre flippant même. Même quand on rit à certains passages, ce n’est pas un rire tranquille…Le style est maitrisé, la langue recherchée, parfois terriblement savante, type « cabinet de curiosité »…. Mais les hommes ne sont ils pas des monstres après tout ?

Merci à Babelio et aux Editions« Le Passage «  pour ce livre assez déroutant.

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22 février 2014 at 8 h 49 mi 2 commentaires

Amie de ma jeunesse

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L’éditeur : Tous les jours, des vies de femmes sont bouleversées. Une lettre, un voyage, un fantasme, un souvenir… Et l’existence bascule. Dans ces dix nouvelles, peu de mots suffisent à Alice Munro pour suggérer l’essentiel. L’adultère, l’amour, le sens du devoir sont le piment et le poison de ces vies mélancoliques, qui nous apprennent que les plus grands changements sont intérieurs.

Retour sur un passé encore à vif, voyage dans des souvenirs à jamais inscrits en nous. Un passé fait de morceaux disparates, colorés en mauve, noir ou rose qui détermine la couleur de nos vies. J’aime l’impression que donnent les femmes d’Alice Munro ; elles bavardent, s’épanchent, parlent robes, cuisine, décoration, jardins en fleurs… des petits détails de rien qui font ressortir nos faiblesses, nos oublis, nos regrets de ne pas avoir fait le bon choix à un certain moment, d’avoir fui..encore cette fuite qu’elle excelle à décrire..une fuite dans le passé cette fois-ci pour retrouver des amis, des amours, le souvenir de l’amour ou de l’amitié, pour éclairer notre vie actuelle.

L’auteur nous entraîne dans un quotidien plein d’embûches et d’occasions perdues, de non-dits. Des nouvelles empreintes de nostalgie et de grâce. Ne pas renoncer, faire le bilan, ne pas craindre de faire revenir à la surface des bulles de joie ou de peine…comme ces femmes qu’elle raconte, ces femmes qu’elle rend proches, tellement proches qu’elles nous ressemblent étrangement. L’écriture est fluide et précise. Jamais rien de trop même si parfois la « mise en route » de l’histoire semble tarder..le puzzle s’assemble, l’émotion est là.

10 février 2014 at 8 h 48 mi 2 commentaires

Fugitives

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L’éditeur : Elles fuguent. S’échappent. S’en vont voir ailleurs. Elles : des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial ou conjugal, sans se retourner. En huit nouvelles, Alice Munro met en scène ces vies bouleversées. Avec légèreté, avec férocité, elle traque les marques laissées par le temps et les occasions perdues.

« M’en aller ?  je le ferais si je le pouvais. »

Formidable talent pour happer immédiatement le lecteur dès le début de l’histoire. Phrases courtes,verbes choisis pour suggérer l’attente, le faux pas, l’indécision, la tension.

Des histoires de femmes ordinaires dont la vie pourrait ressembler à la nôtre avec ses choix, ses occasions manquées…Désir d’autre chose que le quotidien, une vie toute tracée..mais l’existence même n’est-elle pas essentiellement faite  de renoncements, de moments de lucidité et de doute ?  A travers ces nouvelles qui ont la force de plusieurs romans, tout est dit, somptueusement ficelé et ciselé par les mots et les actes.

Des femmes comme des amies ou des miroirs dans lesquels on peut scruter nos forces et nos faiblesses.Romantisme teinté d’un réalisme acide. Munro est implacable avec ses héroïnes, avec nous, pour nous signifier de ne jamais nous plaindre..A un moment on aurait dû ou pû. Faute de communiquer, de dire le vrai quoiqu’il en coûte, ( ah les non-dit ….) on est « passé à côté » ! Terminé. Rideau.

J’ai aimé le style, la manière fouillée de sonder les êtres, sa justesse, les détails qui ont tant d’importance, les paysages, le vent, les trains, le bus, les saisons, les attitudes, les voyages.. De véritables tableaux ; elle « écrit » comme un peintre, tendre parfois, mais la griffe n’est jamais loin.

Ces nouvelles, comme dans « Les évaporés », abordent le sujet de la fuite sans retour, du changement de vie, d’un choix crucial et douloureux devant des possibilités dont nous ne soupçonnons pas toujours les conséquences. Serait-ce le pivot central de notre existence ? On pourrait le croire….Mais je trouve que, quelque part, c’est plutôt effrayant !

13 décembre 2013 at 15 h 50 mi 2 commentaires

Une vie à coucher dehors

Sylvain Tesson

Présentation de l’éditeur: En Sibérie, dans les glens écossais, les criques de l’Egée ou les montagnes de Géorgie, les héros de ces quinze nouvelles ne devraient jamais oublier que les lois du destin et les forces de la nature sont plus puissantes que les désirs et les espérances. Rien ne sert à l’homme de trop s’agiter dans la toile de l’existence, car la vie, même quand elle ne commence pas très bien, finit toujours mal. Et puis une mauvaise chute vaut mieux qu’une fin insignifiante.

Prix Goncourt de la nouvelle 2009

 

 Quinze nouvelles écrites par un écrivain voyageur, quinze nouvelles dépaysantes, surnaturelles ou inquiètantes . Un style nerveux, très  évocateur; une érudition certaine et aussi une grande intimité avec les ambiances et les paysages…. l’auteur connaît ces lieux et  restitue bien leur singularité. Notre terre est  belle mais il y a les hommes et leurs éternelles obsessions !

Beaucoup de ces courts récits finissent mal ; le destin frappe, inexorable.  Des histoires où, quand on ne respecte pas les règles,  la nature se venge, les animaux, le vent, l’eau ; un brin moraliste, l’auteur nous donne à voir  une société moderne creuse et matérialiste qui n’apporte rien d’essentiel …. D’autres, peu nombreuses sont plus « légères » : « Le bug » (prémonitoire ?),  « Le sapin »…ironique et désabusé.. »Le courrier », insolite avec une issue inattendue..l’enfer, c’est les autres. Sylvain Tesson serait-il misanthrope? « L’ile » est ma nouvelle préférée..magie du lieu, de la parole, de l’imagination ; les mots quand il ne reste plus rien.

Pauvres humains,  particules  insignifiantes écrasées par des paysages grandioses peuplés de  Dieux cruels..Qu’importe l’époque, les hommes n’ont toujours pas compris qu’ils ne sont que les jouets d’un univers têtu où se perpétue le cycle des vies. Le progrès amène souvent le malheur, rompt l’équilibre de la vie et de la mort, celui des animaux aussi..terrible est la nouvelle sur « Les porcs ». Je ne l’ai pas lue jusqu’au bout..une histoire à vous faire devenir végétarien !

Voilà ce que nous dit ce petit livre….qui raconte aussi la mer, la Grèce et ses fantômes, la Bretagne et ses tempêtes, la fraternité, les lieux mythiques…Sibérie, forêt, lac gelé, Géorgie, désert, les rives de l’Amou Daria, Valparaiso ; Une lecture agréable et colorée pour ces histoires (trop) courtes ….un bon moment, fugace ; mais je pense que c’est aussi un livre à méditer plus encore, à reprendre pour en saisir la sagesse et la profondeur au-delà des histoires…non pas à dormir debout mais  à rêver éveillé !

merci à BOB et aux éditions FOLIO pour ce livre

21 janvier 2011 at 8 h 48 mi 2 commentaires


Saraswati a dit

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