Posts tagged ‘CHINE’

Les « Terracotta Daugthers » de Prune Nourry

Au Centquatre à Paris jusqu’au 1er Juin, on peut voir une armée de terre cuite de 108 adolescentes chinoises qui ,tels les fameux guerriers de Xi’an, seront enterrées en Chine en 2015. C’est un hommage aux millions de filles « disparues » avant leur naissance à cause de leur sexe. Ces statues ont été réalisées en Chine dans les vieux ateliers qui fabriquent encore des répliques des guerriers enterrés. Un projet porté par le talent, la patience et la détermination de Prune Nourry.

Une installation imposante dans le cadre immense du Centquatre. Huit modèles d’origine ( 8 orphelines chinoises) sculptés en terre par l’artiste et répliqués par les artisans avec seulement une petite différence à chaque fois. 108 filles au garde à vous, symboles puissants et immémoriaux de vies à jamais disparues. Elles seront exhumées en 2030 quand les conséquences du déséquilibre démographique culmineront en Chine. Cette installation m’a beaucoup touchée : le silence de ces filles, leur masse, leur fragilité, leur sérénité comme un reproche muet face à cette injustice fondamentale qui fait que parce qu’on est fille, on n’a pas le droit de vivre.

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16 avril 2014 at 15 h 52 mi Laisser un commentaire

Dans l’Empire des Ténèbres

Liao Yiwuyu

L’éditeur : »Au moment où j’écris, je vis toujours dans cette porcherie qu’est la Chine, et je me languis de pouvoir nettoyer mon âme en profondeur.«  L’auteur de ces lignes, Liao Yiwu, signe le récit de quatre ans d’enfer dans les prisons chinoises. Sa faute : avoir écrit le poème Massacre à l’aube du jour où l’armée ouvrit le feu sur les étudiants de la place Tian’anmen. « En prison, dit-il, j’ai connu le vrai visage de la Chine. » Le visage des truands et des marginaux, des victimes et des bourreaux, des condamnés à mort que l’on vide de leur sang avant de les exécuter… Texte poignant, brutal, comique, lyrique, effrayant, plein de compassion, (….) qui bouleverse notre regard sur la Chine. C’est pourquoi Pékin a tout fait pour empêcher sa parution, volant à l’auteur ses manuscrits, jusqu’à ce qu’il choisisse l’exil en 2011.

1989, Tian’anmen : un espoir fou, partout les étudiants se révoltent. Liao Yiwu, un poète qui menait jusque là une existence bohème écrit un peu avant ces évènements une oeuvre prémonitoire « Massacres » qui va le mener en prison..Le rêve est brisé, le ton devient violent comme la réalité qui le rattrape.

Alors, il dit tout, sans détour, la promiscuité, la bestialité, comment un homme bon peut se transformer en tortionnaire..il raconte  le froid, la canicule, la soif, les poux, les lâchetés, les tortures physiques ou morales..il raconte les condamnés à mort qu’on attache parfois à plusieurs avec les mêmes liens. Dans la cellule surpeuplée, certains deviennent fous ..Horreur totale. Matraques électriques qui raidissent les corps et mettent l’esprit en morceau . C’est cru, ça vous prend aux tripes.

Il croise des paysans illettrés, des tueurs, des hommes courageux, corrompus, des politiques, des banquiers, toute une humanité à l’image de la société chinoise avec ses codes et sa brutalité..Huis clos étouffant, esclavage moderne, dont il tente de s’évader par la lecture, la flûte, ou le rêve quand il arrive à apercevoir un petit bout de ciel ou qu’un rayon de soleil pénètre dans la cellule. Son « état » de poète lui donne les armes pour ne pas se perdre complètement..De beaux passages sur ses instants qui succèdent à des moments de révolte ou de découragement; on est dans sa tête, avec lui ; il plie, lutte, résiste.

C’est l’analyse lucide d’un système effroyable qui broie les volontés et asservit les consciences…Comment oublier les odeurs de merde, la nourriture pourrie, le manque de femmes, les viols, le sadisme des gardiens..ce jeu cruel où la dignité n’a plus de place. Il faut survivre, c’est tout ; il le crie avec des mots qui portent loin, qui touchent. Des longueurs dans le premier tiers du livre – qui décrit sa vie « d’avant » – mais tout ce qui concerne sa détention est de bout en bout prenant et aussi bouleversant, plein d’humanité et d’empathie pour ses compagnons . Obligé de fuir son pays, il témoigne ici, pour l’avoir vécu pendant 4 ans, de l’absurdité d’un régime incapable de fonctionner autrement que par la terreur et le secret.. Le moindre accro, la maille qui saute et tout disparaitrait . Le courage de certains est immense mais la répression est terrible.CHINA-EXECUTION-RALLY

3 mars 2013 at 20 h 53 mi Laisser un commentaire

Messages de mères inconnues

XINRAN

Le Mot de l’éditeur : Une fois de plus, Xinran nous emmène au cœur de la vie des femmes chinoises – étudiantes, femmes d’affaires, sages-femmes, paysannes – toutes hantées par des souvenirs qui ont marqué leur vie d’une empreinte indélébile. Que ce soit à cause de la politique de l’enfant unique, de traditions séculaires destructrices ou de terribles nécessités économiques, des femmes ont été contraintes de donner leurs filles en adoption, d’autres ont dû les abandonner – dans la rue, aux portes des hôpitaux, dans les orphelinats ou sur des quais de gare –, à d’autres encore, on a enlevé leurs petites filles à peine nées pour les noyer. À toutes les petites Chinoises qui ont été adoptées à l’étranger, ce livre adresse un message poignant, pour leur montrer ce que leurs mères ont réellement vécu et pour leur dire qu’elles ont été aimées et ne seront jamais oubliées. 

En cette journée de la femme, voici un livre pour témoigner de la malédiction de naître fille dans certains pays ; en Chine c’est encore souvent la mort ou l’abandon même aujourd’hui et ce n’est pas seulement le fait de paysannes illettrées mais aussi de femmes modernes qui ne peuvent mener de front travail et enfant….surtout quand c’est une fille ; pour un garçon on fera tous les sacrifices. La fille c’est la honte, toujours..la belle famille est impitoyable..elle pousse les femmes à tuer et à abandonner ; alors, on pourrait croire ces mères cruelles et sans pitié..quelle erreur, ! n’ayant jamais connu la tendresse ou la chaleur elle revêtent une cuirasse pour ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir ; Xinran nous parle aussi des orphelinats..mouroirs à bébés filles (on n’y trouve pas de garçons ou alors handicapés…), passés au statut de pourvoyeur de devises pour des étrangers en mal d’adoption…Toutes ces petites chinoises de par le monde que leur vraie mère cherchera en vain , car en Chine, pas d’archive de peur que la sanction tombe sur un travail mal fait..aucune trace.
Xinran sait raconter, rapporter des faits horribles avec humanité et douceur à travers des histoires incroyables tout en se dévoilant un peu. Comme journaliste, elle a sillonné son pays à l’écoute des plus misérables et semble posséder des antennes spéciales pour détecter ces mères culpabilisées à vie, car elle a connu un peu de cette détresse.
Chine en perpétuelle évolution dont on entrevoie ici les failles et les bouleversements.
Bienveillante, outrée, l’auteur nous livre un récit touchant, plein d’empathie et d’humanité qui n’excuse rien mais  explique comment un système de pensée et une mentalité modelée par des siècles de guerre et de révolution peut engendrer de tels drames ; la modernité arrivant de plein fouet dans ce pays on peut espérer que la situation des femmes évolue dans le bon sens.

8 mars 2011 at 10 h 39 mi 5 commentaires


Saraswati a dit

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