Dans l’Empire des Ténèbres

3 mars 2013 at 20 h 53 mi Laisser un commentaire

Liao Yiwuyu

L’éditeur : »Au moment où j’écris, je vis toujours dans cette porcherie qu’est la Chine, et je me languis de pouvoir nettoyer mon âme en profondeur.«  L’auteur de ces lignes, Liao Yiwu, signe le récit de quatre ans d’enfer dans les prisons chinoises. Sa faute : avoir écrit le poème Massacre à l’aube du jour où l’armée ouvrit le feu sur les étudiants de la place Tian’anmen. « En prison, dit-il, j’ai connu le vrai visage de la Chine. » Le visage des truands et des marginaux, des victimes et des bourreaux, des condamnés à mort que l’on vide de leur sang avant de les exécuter… Texte poignant, brutal, comique, lyrique, effrayant, plein de compassion, (….) qui bouleverse notre regard sur la Chine. C’est pourquoi Pékin a tout fait pour empêcher sa parution, volant à l’auteur ses manuscrits, jusqu’à ce qu’il choisisse l’exil en 2011.

1989, Tian’anmen : un espoir fou, partout les étudiants se révoltent. Liao Yiwu, un poète qui menait jusque là une existence bohème écrit un peu avant ces évènements une oeuvre prémonitoire « Massacres » qui va le mener en prison..Le rêve est brisé, le ton devient violent comme la réalité qui le rattrape.

Alors, il dit tout, sans détour, la promiscuité, la bestialité, comment un homme bon peut se transformer en tortionnaire..il raconte  le froid, la canicule, la soif, les poux, les lâchetés, les tortures physiques ou morales..il raconte les condamnés à mort qu’on attache parfois à plusieurs avec les mêmes liens. Dans la cellule surpeuplée, certains deviennent fous ..Horreur totale. Matraques électriques qui raidissent les corps et mettent l’esprit en morceau . C’est cru, ça vous prend aux tripes.

Il croise des paysans illettrés, des tueurs, des hommes courageux, corrompus, des politiques, des banquiers, toute une humanité à l’image de la société chinoise avec ses codes et sa brutalité..Huis clos étouffant, esclavage moderne, dont il tente de s’évader par la lecture, la flûte, ou le rêve quand il arrive à apercevoir un petit bout de ciel ou qu’un rayon de soleil pénètre dans la cellule. Son « état » de poète lui donne les armes pour ne pas se perdre complètement..De beaux passages sur ses instants qui succèdent à des moments de révolte ou de découragement; on est dans sa tête, avec lui ; il plie, lutte, résiste.

C’est l’analyse lucide d’un système effroyable qui broie les volontés et asservit les consciences…Comment oublier les odeurs de merde, la nourriture pourrie, le manque de femmes, les viols, le sadisme des gardiens..ce jeu cruel où la dignité n’a plus de place. Il faut survivre, c’est tout ; il le crie avec des mots qui portent loin, qui touchent. Des longueurs dans le premier tiers du livre – qui décrit sa vie « d’avant » – mais tout ce qui concerne sa détention est de bout en bout prenant et aussi bouleversant, plein d’humanité et d’empathie pour ses compagnons . Obligé de fuir son pays, il témoigne ici, pour l’avoir vécu pendant 4 ans, de l’absurdité d’un régime incapable de fonctionner autrement que par la terreur et le secret.. Le moindre accro, la maille qui saute et tout disparaitrait . Le courage de certains est immense mais la répression est terrible.CHINA-EXECUTION-RALLY

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