Les Disparues de Vancouver

24 février 2012 at 14 h 28 mi 3 commentaires

Elise Fontenaille

Le Mot de l’éditeur :  » Pourquoi sortir l’affaire des disparues de Vancouver au moment des Jeux olympiques ? Parce qu’elle en est le négatif absolu…
D’un côté, les cimes, la blancheur, la glace, l’exploit, la vitesse, les corps vainqueurs, venus du monde entier, ce que Vancouver veut montrer au monde, une image rêvée… De l’autre, la noirceur, un gouffre au coeur de la ville, les corps vaincus, détruits, drogués, les Indiennes, l’échec, la mort, tout ce que l’on voudrait cacher.  » E.F. A Vancouver, les prostituées du downtown eastside disparaissent.
Soixante-neuf déjà. Parmi elles, Sarah, jolie, rieuse, pleine de vie. Mais qui se soucie du sort de ces filles qui vendent leur corps pour un peu d’héroïne ? Dans ce roman vrai, émouvant, lucide, Elise Fontenaille offre à Sarah un espoir de survie : tombeau et résurrection.

Des mots pour ne pas oublier. Pas vraiment un roman, plutôt une enquête engagée et sobre sur des évènements réels. Vancouver, Downton Eastside. Dans ce quartier pourri où drogués et marginaux s’entassent – « Dix blocs qui ressemblent à l’enfer » – des dizaines de filles disparaissent une à une. Indiennes, pour la plupart d’entre elles, putes et junkies : des proies faciles dont personne ne se soucie « Rien à foutre » dit la police. L’endroit attire toutes sortes de détraqués et pour avoir leur dose de crack ou d’héroïne, elles sont prêtes à faire n’importe quoi non ?

Pas le choix. Leur descente aux enfers était programmée bien avant leur naissance. Nées dans une réserve où violence, alcoolisme, viols, incestes, chômage et  acculturation sont la règle. Un génocide commencé avec l’arrivée des Blancs et qui continue dans l’indifférence générale.

Histoire poignante, racontée à travers  la vie gâchée de Sarah de Vries et la quête de Wayne Leng pour retrouver celle qu’il aime. Il faudra des années pour arrêter le coupable (est-ce vraiment le seul ?). Il s’appelle William Pickton, éleveur de porcs, connu de tous, apprécié, régalant ses amis avec la viande de ses bêtes  auxquels ils donnait à manger les restes de ces femmes..horreur absolue, insoutenable, indicible…pourtant elle le fait avec la retenue qu’il faut ; mots neutres et froids. Comment faire autrement ? Pour évoquer le tabou du cannibalisme, elle en appelle à Levi Strauss…. comme si on parlait de pratiques tribales  qui n’existent plus maintenant que la civilisation est là ! Hélas, les hommes semblent avoir gardé les mêmes instincts  primitifs. Bien sûr que les gens savaient, les voisins, les fêtards, Hell’s Angels brutaux qui participaient aux orgies organisées dans le restaurant de la ferme…. Corps suppliciés, disséminés dans le lisier des porcs que l’assassin élevait.

Un livre court, percutant, dur à lire, à accepter….Beaucoup d’empathie pour faire revivre le calvaire de ces femmes et le courage de Wayne! Corruption de la police, de l’administration. Ville gangrénée par le racisme, Vancouver est le symbole de la faillite d’une société soi-disant évoluée. Patience, dignité et  compassion sont du côté des opprimés. Pour que les choses changent, ils n’ont plus que les mots, comme Sarah qui dans son journal se fait la porte-parole de toutes ces ombres disparues.

Des gens continuent à se battre pour que le sort des femmes indiennes s’améliore. Mais, un peu  plus loin, sur l‘Higway of the Tears, des corps sans vie sont retrouvés le long de la route ;  encore des Indiennes..beaucoup de réserves le long de cette voie magnifique. La tragédie continue.

Wayne Leng continue à se battre.  ICI  sur son blog

Le photographe Lincoln Clarkes, dans son livre « Héroïnes » témoigne, par ses photos qui les magnifient, de la beauté de ces filles paumées aux regards intenses ; photographe des stars et des top-model, il a pour elles un grand respect et les fait poser, à la façon des mannequins, dans leur décor sordide….son site est  ici

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3 commentaires Add your own

  • 1. yoshi73  |  25 février 2012 à 16 h 57 mi

    Un livre qui doit laisser des traces …

    Réponse
    • 2. saraswati  |  26 février 2012 à 14 h 55 mi

      oui, un livre nécessaire mais très douloureux

      Réponse
  • 3. renegade98  |  19 octobre 2012 à 8 h 23 mi

    Reblogged this on What have we become?.

    Réponse

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