Dans les forêts de Sibérie

13 octobre 2011 at 9 h 46 mi 2 commentaires

Sylvain Tesson

L’éditeur : Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Air pur et paysages de rêve, nature preservée et vodka a volonté ; après avoir parcouru le monde, avalé des kilomètres, bouffé du bitume et de la poussière, l’auteur décide de se poser.

L’occasion d’un voyage intérieur pour digérer ce qu’il a vu.. réflexions sur son hyperactivité d’alors et son désir d’arrêter tout, étonnements d’un homme plein de contradictions..misanthrope Tesson ? Parfois, mais aimant rire, boire et manger en bonne compagnie..la quarantaine, l’amour..plutôt un chagrin d’amour-qu’on vit en direct avec lui-me le rend très touchant.. il « devient » russe (mais je crois qu’il l’était avant)..alternant  léthargie et agitation, réflexion et action, dépression et excitation.

Le livre révèle un homme sensible mais aussi  réaliste qui appelle un chat un chat..contrairement à d’autres « hommes des bois » qu’on voit mal avouer leurs excès ! je n’arrive pas à imaginer Thoreau beuglant des chansons osées un verre à la main!  On découvre une nature vierge et sauvage, splendide Sibérie, magnifique lac Baikal – que j’ai eu le plaisir de contempler il y a quelques années – avec ses eaux hypnotiques et changeantes. Descriptions adorables de mésanges venant  picorer à sa fenêtre, traces de phoques, promenades avec ses chiens, coucher de soleil..respect et admiration de toutes formes de vie animale ou végétale qui arrivent à se développer dans cet environnement si rude ; vivre au rythme des saisons, se sentir ne faire qu’un avec ce qui nous entoure…une sensation qu’il sait partage avec nous..il trouve les mots, les lectures, les silences pour le faire, très bien.

c’est si beau, alors bien sûr on a envie de partir là-bas.      Attention ! pas si facile….Dans sa cabane, il dort  avec un couteau sous l’oreiller, se saoule de temps en temps..seul ou pas…divague doucement, dangereusement parfois mais découvre enfin le temps  de ne « rien » faire, de laisser flotter son esprit au grès des nuages et des vols de migrateurs.. un temps suspendu auquel succèdent des activités de survie , des projets spontanés, des départs précipités, visites impromptues. Une liberté d’action et de réflexion qui donne le vertige…alors Tesson se donne des repères …indispensables pour ne pas se perdre complètement.

Sa cabane reste, malgré son côté spartiate, celle d’un occidental..en bois patiné, belle lumière, couleurs fauves, étagères de vieux bois, poêle en fonte ..il a arraché tout le vieux lino et le plastique qui recouvraient les murs et le sol au grand étonnement des Russes qui se fichent complètement de l’esthétique…Tesson n’a pas encore atteint ce stade ! Mais surtout, il a choisi avec beaucoup de soins les livres qu’il a emportés ..ceux qu’il n’a pas eu le temps de lire, qu’il veut relire, des auteurs difficiles, de la philo… des compagnons qui prendront dans le silence , la solitude et l’éloignement toute leur valeur et leur dimension spirituelle.

Un hymne sincère à la nature, à la solitude qui ne trompe pas, à la chaleur humaine ou à la « connerie » aussi …quand les hommes débarquent chez lui il ne sait pas si c’est pour le  tuer ou l’inviter à prier, à boire ou à partir se promener… Extraordinaire pays où se côtoient violence et douceur, mysticisme et barbarie. Reste le cadre. Somptueux.

J’ai adoré ce voyage intérieur d’un homme qui ne nous cache rien de ses forces et de ses faiblesses.

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Le retour…. du chat Rouler

2 commentaires Add your own

  • 1. Gwenaëlle  |  13 octobre 2011 à 10 h 02 mi

    Ah, c’est malin… Tout ce que je me dis à la fin de ton billet, c’est IL ME LE FAUT! Parce que moi aussi parfois, je voudrais bien avoir une petite isba (sans Babayaga, hein!) loin de tout… 😀 Merci pour cette bonne idée de lecture!

    Réponse
    • 2. saraswati  |  13 octobre 2011 à 12 h 18 mi

      salut Gwenaëlle ! très heureuse de te lire….oui, une cabane au fond du jardin..et au-delà avec une bonne bouteille de cidre :)..il faudrait bien que je me remette à l’atelier d’écriture cet automne, mais vous avez atteint un tel savoir-faire que j’aurais l’air ridicule !!

      Réponse

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